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A la recherche de notre logo Un logo facilement reconnaissable est indispensable à tout organisme qui désire se faire connaître. La SPQ ne faisant pas exception, trouver un logo devenait de plus en plus impératif. Les administrateurs m'ont demandé de trouver les éléments d'un logo qui pourrait nous représenter sous tous nos aspects. Ces éléments devaient symboliser les grandes subdivisions de la Paléontologie, représenter les grands "âges fossilifères", montrer que nos intérêts ne se bornaient pas aux fossiles locaux (du Québec) et idéalement nous devrions y reconnaître différents aspects de l'Écologie, des zones climatiques et de la composition chimique. Ce n'était pas une tâche facile; de surcroît, notre logo devait rester simple et esthétiquement plaisant! Je me mis donc à réfléchir sur le nombre minimum d'éléments qui pourraient illustrer ces idées. Il semblait évident, même à ce stade préliminaire, que chaque élément devait véhiculer plusieurs de ces notions sans trop de recoupements. La Paléontologie est une grande science et elle peut être subdivisée en un bon nombre de disciplines (Paléoanthropologie, Paléoécologie, Paléobiologie, Paléoichnologie, Taphonomie, etc.), mais si l'on regarde les grandes collections de fossiles de musées, universités et commissions géologiques, on constate qu'elles ont tendance à être regroupées en 4 thèmes majeurs: les spécimens de vertébrés, les fossiles d'invertébrés, les collections de plantes fossilisées et les microfossiles. Vu que les fossiles sont indispensables pour toute étude paléontologique, nous pouvons conclure à l'axiome suivant: Paléontologie = Paléozoologie des Vertébrés + Paléozoologie des Invertébrés + Paléobotanique + Micropaléontologie; notons cependant qu'en réalité cette dernière recoupe les 3 autres puisque son facteur délimitant est la taille des spécimens (fossiles plus petits que 2mm) plutôt que leur nature taxonomique. Si on choisit un représentant pour chacune de ces disciplines, au moins 4 éléments sont nécessaires. Quant aux grands "âges fossilifères", nous pouvons exclure tout le Précambrien puisque les fossiles y sont très rares et souvent de nature très controversée. Il ne reste que le plus court des éons, le Phanérozoïque, luimême subdivisé en trois grandes ères: le Paléozoïque, le Mésozoïque et le Cénozoïque. Si un exemple caractéristique de chacune de ces ères est choisi ainsi qu'une espèce représentative d'un "fossile vivant", nous aboutissons encore une fois à quatre éléments. La SPQ est un organisme qui étudie les fossiles du monde entier mais dont le siège social est au Québec (d'où son nom). Il importe de faire savoir à tous que nous ne désirons pas nous restreindre à notre entourage immédiat. J'ai donc pensé à priori représenter chacun des grands continents du monde par un fossile typique. Sans compter les océans qui peuvent aussi être des sources importantes de fossiles, il y a au moins 6 grands ensembles continentaux (Amériques, Europe, Asie, Afrique, Océanie et Antarctique); si chacun était représenté, le nombre minimum d'éléments s'élèverait de 2. Après réflexions, je suis arrivé à une autre possibilité qui donnerait le même effet tout en gardant le nombre minimum d'éléments à 4; il s'agit d'un effet "télescopique". Bien que La SPQ ait des ambitions internationales, il est évident que nos collections seront plus riches en fossiles locaux qu'en tout autre spécimen. En second lieu, les fossiles des régions voisines de notre plaque continentale seront vraisemblablement les prochains en fréquence, suivis des collections des autres zones de notre hémisphère puis de celles du reste de monde. Il suffit alors de trouver une espèce limitée géographiquement au Québec, une autre caractéristique de l'Amérique du Nord, une troisième typique de l'hémisphère Nord et enfin une qui a eu une distribution quasi‑mondiale. Le tour de force fut de trouver les 4 éléments qui représenteront adéquatement les 3 aspects précédemment exposés (les grandes sous‑disciplines de la Paléontologie, les divisions importantes des temps géologiques et l'aspect télescopique de la géographie) sans qu'il n'y ait de recoupement pouvant créer de la confusion. Nous tiendrons compte aussi des autres aspects mentionnés: l'Écologie, les zones climatiques et la composition chimique des fossiles. Après avoir éliminé un bon nombre de types de fossiles qui représentaient des candidats potentiels, je me suis retrouvé avec 4 genres qui, je crois, illustrent convenablement ces notions. Il s'agit du foraminifère Protelphidium, de la plante vasculaire du genre Ginkgo, du trilobite Toxochasmops et d'un dinosaure du nom de Centrosaurus. Reprenons maintenant chacun des thèmes que devrait illustrer le logo et voyons comment ces différents aspects de la Paléontologie sont symbolisés par ces 4 genres. Subdivisions majeures de la Paléontologie: Les 4 disciplines constituantes de la Paléontologie sont fort bien illustrées par ces exemples non seulement typiques mais aussi particulièrement importants au sein de chaque division. Un poisson ou un autre trétapode aurait tout aussi bien pu représenter la Paléozoologie des Vertébrés, mais étant donné que nous vivons actuellement à une époque où les spécialistes du monde entier ont un regain d'intérêt pour l'étude des Dinosaures (que ce soit leur métabolisme, leur systématique ou leur disparition), il a été jugé pertinent que le logo de La SPQ illustre ces recherches importantes. De plus, ces animaux sont bien connus de la plupart des gens et leur association à la Paléontologie est immédiate. De tous les macrofossiles (fossiles reconnaissables à l'oeil nu) d'invertébrés connus, il me semble que les Trilobites sont probablement ceux qui sont les plus recherchés des collectionneurs. La raison est peut‑être en partie parce qu'ils représentent un groupe majeur (classe) entièrement disparu ou que, contrairement aux autres spécimens paléontologiques, les trilobites articulés non déformés ont presque l'apparence qu'ils avaient à l'état de vie, ou encore parce que ce sont les seuls fossiles dont les yeux sont préservés et reconnaissables comme tels. Quoi qu'il en soit, un trilobite semblait l'élément indispensable pour illustrer la Paléozoologie des Invertébrés d'autant plus que cette classe compte parmi les fossiles les plus reconnaissables du public. Deux grands ensembles d'organismes forment plus de 99% des spécimens étudiés en Paléobotanique: il s'agit d'une part des algues (dans son sens le plus large) et d'autre part des plantes vasculaires. Puisque la majorité des algues n'ont pas des formes facilement reconnaissables (particulièrement pour les non‑initiés), le choix idéal devenait évident: une plante vasculaire (trachéophyte). Nous verrons plus loin pourquoi c'est le Ginkgo qui a été choisi plutôt que tout autre genre. Quant à la Micropaléontologie, de tous les groupes de microfossiles qui existent, ce sont nettement les Foraminifères qui sont les plus diversifiés et ils comptent parmi les plus importants en tant que marqueurs stratigraphiques. Il ne restait que l'embarras du choix car ce groupe est représenté par environ 2 500 genres et de plus de 40 000 espèces (dont près de 5 000 survivent encore). Les grands "âges fossilifères": Le Paléozoïque (ère primaire) s'échelonne depuis environ 540 (570 selon certains auteurs), à près de 250 Ma avant les temps modernes et est caractérisé par une faune et une flore très différentes de celles d'aujourd'hui. De tous les organismes qui y sont connus, les trilobites sont parmi les plus caractéristiques puisqu'ils font leur apparition au tout début de cette ère et se rendent presque à la toute fin de celle‑ci. Le Mésozoïque (ère secondaire) débute à la fin du Paléozoïque et se termine par une vague d'extinction il y a environ 65 Ma. Les Dinosaures sont certainement les animaux les plus reconnaissables de cette ère car ils y sont entièrement confinés (sauf si on considère que nos amis les "volatiles emplumés" font partie de cet illustre groupe). Le Cénozoïque (qui inclut le tertiaire et le quaternaire) est caractéristique par sa faune et sa flore très proches des actuelles et débute à la fin du Mésozoïque et se poursuit jusqu'à nos jours. Bien que les foraminifères soient connus depuis le Cambrien inférieur (Paléozoïque basal), le genre sélectionné pour notre logo (Protelphidium) fait son entrée dans les couches sédimentaires à l'époque du Paléocène (début du Cénozoïque) et semble s'éteindre au Pliocène, bien que certains auteurs pensent en avoir reconnus dans des dépôts du Pléistocène (presqu'à la fin du Cénozoïque). Enfin le Ginkgo est un bel exemple d'un organisme qui a franchi sans grandes modifications les âges géologiques, à tel point que Charles Darwin lui‑même le qualifiait de "fossile vivant". L'espèce illustrée ici, le Ginkgo biloba Linné, 1771, est le seul représentant actuel de sa classe (Ginkgoopsides) et est connu avec certitude depuis au moins l'Oligocène (il y a environ 30 Ma) bien que des impressions de feuilles datant du Paléocène (il y a environ 60 Ma) soient indistinguables des formes actuelles. Quant au genre Ginkgo, il existe sur notre planète depuis au moins le Jurassique moyen (il y a plus de 170 Ma) et certains experts prétendent qu'il était présent au Trias inférieur, soit il y a plus de 240 Ma. Il faut ajouter que des formes très voisines sont connues au Permien (Paléozoïque supérieur); il faut donc conclure que ce type de végétal a traversé sans trop de changements les trois ères fossilifères! Les grandes zones géographiques : Le trilobite choisi appartient à l'espèce Toxochasmops anticostiensis (Twenhofel, 1928) qui démontre une répartition géographique extrèmement restreinte puiqu'elle n'est connue que de l'Ile d'Anticosti et est indicatrice de la toute fin de l'Ordovicien. Les squelettes de Centrosaures (Centrosaurus apertus (Lambe,1904)) de même que ceux de toute sa famille (les Cératopsidés) sont entièrement restreints à l'Amérique du Nord et caractéristiques de la fin du Crétacé (Mésozoïque terminal). Notons que lors d'une conférence au Musée Redpath, Philip J. Currie m'a confié que des restes très fragmentaires, mais qui semblent provenir d'un Cératopsidé, ont été récemment découverts en Extrême Orient. Le Protelphidium est connu des roches sédimentaires de plusieurs continents mais limités à l'hémisphère Nord. On a retrouvé des restes de Ginkgo fossilisés partout dans le monde bien qu'aujourd'hui ces plantes ne se retrouvent à l'état sauvage qu'en Chine (les humains ont introduit l'espèce comme arbre décoratif dans toutes les régions tempérées du monde). L'effet télescopique désiré est ainsi réalisé et il est clair que La SPQ s'intéresse à tous les fossiles, locaux ou éloignés. Les grands écosystèmes: De tous les temps, il semble y avoir eu deux superécosystèmes sur notre planète; il s'agit des écosystèmes continentaux et de ceux qui sont marins. Sur le logo, le foraminifère et le trilobite proviennent de milieux aquatiques salins alors que le dinosaure et la plante appartiennent aux écosystèmes aériens (continentaux). Les zones climatiques: Dans le passé, la surface de la Terre se divisait en zones tropicales, tempérées et polaires, comme c'est le cas de nos jours. Le logo représente ces 3 secteurs climatiques à travers ses 4 grands élus. Le Toxochasmops vivait dans une mer épicontinentale peu profonde, de type tropical. Le Centrosaurus était un animal qui vivait en troupeau et qui devait effectuer d'importantes migrations mais qui passait la plus grande partie de son existence en milieu tempéré. Plusieurs espèces de Protelphidium étaient des habitants des mers arctiques, donc de la zone polaire nordique. Quant au Ginkgo, il semble que durant sa très longue existence, il y ait bien peu de zones climatiques terrestres qu'il n'ait pas fréquenté. Les différentes compositions chimiques: De toutes les substances chimiques utilisées par les organismes pour construire leur partie dure, le calcaire est sans contredit celle qui est la plus "populaire". Sur notre logo, deux genres ont un exosquelette de calcaire: il s'agit du Protelphidium dont le test (coquille de Foraminifère) est composé principalement de calcite pure, et du Toxochasmops dont la carapace (comme pour tous les trilobites) était vraisemblablement formée d'une part de calcaire et d'autre part d'une substance organique comme la chitine (polysaccharide retrouvé dans la cuticule des Arthropodes). Les os des Vertébrés (les dinosaures n'y font pas exception) sont caractérisés par leur haut contenu en phosphate de calcium; d'autres organismes ont également un squelette constitué de phosphate, incluant plusieurs Brachiopodes inarticulés, les Conodontes et les Conulaires. Plusieurs fossiles qui étaient originalement composés de substances polymérisées telle que la cellulose et la "pseudo‑chitine" sont préservés à l'état fossile sous forme de films de carbone; c'est le cas pour la majorité des feuilles de plantes vasculaires comme le Ginkgo et pour les organismes tels que les colonies de Graptolites, les Chitinozoaires et les Acritarches. D'autres composés chimiques sont également employés par les êtres vivants pour élaborer leurs tissus de soutien, comme la silice, la célestine et diverses substances organiques; ils sont soit trop rares pour être représentés ici ou alors ne sont qu'exceptionnellement préservés à l'état fossile, donc d'un intérêt minime pour la Paléontologie. Il semble donc que ces 4 genres fossiles remplissent leurs rôles de représentants des thèmes paléontologiques proposés au début. Il ne reste maintenant qu'à les agencer en un logo "simple" et "attrayant". Bien que qualifié pour trouver les éléments du logo, mes compétences en ce qui concerne l'esthétisme graphique laissent à désirer. J'ai donc fait appel à l'un de mes grands amis qui est aussi l'un des peintres animaliers québécois des plus prometteurs: j'ai nommé Ghislain Caron. Ma première idée était de placer les 3 éléments identifiant les divisions taxonomiques de la Paléontologie (Paléobotanique et Paléozoologie) au premier plan et le foraminifère en silouhette à l'arrière‑plan. Au premier coup d'oeil Ghislain remarqua que la feuille de Ginkgo avait un pourtour beaucoup plus reconnaissable que celui du forain (ce dernier, s'il était placé comme fond ne ressemblerait qu'à une grosse tache subcirculaire). "C'est bien beau graphiquement, tout cela", dis‑je, "mais comment justifier ce nouvel arrangement paléontologiquement parlant?" Après moultes hésitations, nous arrivâmes à l'idée suivante: c'est simple, tous les organismes représentés en premier plan sont des êtres incapables de fabriquer leur propre nourriture (hétérotrophes) alors que la feuille de Ginkgo est la seule qui illustre un être photosynthétique (autotrophe: être producteur de nourriture organique). Et voilà, notre logo était né et de plus, il nous étonnait en illustrant une autre notion fondamentale de l'environnement: les producteurs versus les consommateurs. Le logo a été présenté par Ghislain Caron pour notre réunion générale àl'occasion de Noël 1992 et fut reçu avec enthousiasme par tous. Il a été officiellement adopté par le CA à la réunion du 4 janvier 1993. Michel Di Vergilio PaléoBulletin Vol.: 2• No. : 5* Octobre 1994 |